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Posted by on nov 8, 2013 in MARSEILLE et ses environs |

Claude LELOUCH

Claude LELOUCH

lelouch

Rencontre avec Claude Lelouch….

Rencontre avec Claude LELOUCH lors du Festival du Premier Film à la CIOTAT.


MB : Vous travaillez constamment, vous faites une pause parfois ?
Claude LELOUCH – le cinéma

CL :« Je travaille sans relâche, je ne sais pas m’arrêter de travailler. Ne m’amenez pas en vacances avec vous ! Je serai de mauvaise compagnie !». (Il sourit).

MB : Vous êtes déjà venu à la Ciotat ?

CL : « C’est la deuxième fois que je viens à la Ciotat. La première fois que je suis venu, c’était il y a 30 ans. Je suis venu pour essayer une nouvelle caméra, et j’ai fait un film en une semaine ! « Smic – Smac – Smoc » à l’époque où l’on parlait beaucoup du SMIC. Autour de nous, nous avons trouvé les acteurs, des copains qui étaient venus avec moi… Et voilà, on a fait un film ! ».

MB : De quelle façon naissent vos films ?

CL :« Autant de façon de faire du cinéma, tout comme il existe autant d’Acteurs. J’aime la vie, toutes mes histoires ont été tirées de faits divers. Je suis un autodidacte. Je n’ai pas appris le cinéma. J’ai vu des milliers de films. Mon rapport avec le cinéma est tout à fait naturel. La vie, les gens m’inspirent et j’en fais des films, tout simplement ».

MB : Comment vous y prenez-vous pour faire un film ?

CL :« Il n’y a pas de recette pour faire un bon film. Tout est compliqué à faire simple. Tout ce qui est simple ressemble à une escroquerie.  Aujourd’hui, avec de petites caméras, tout le monde peut filmer. Il faut seulement faire de bons films. Et là, tout devient compliqué ».

MB : Vous avez combien de films à votre « actif » ?

CL :« Je viens de sortir mon 41 ème film, j’ai 69 ans, je suis en pleine forme. Pourtant, à mes débuts, les critiques ont souvent voulu « m’épurer », mais j’ai toujours su garder des instants à moi ».

MB : Quel est le film que vous auriez aimé faire ?

CL :« Je suis « Jaloux » de quelques films. Et surtout, j’aurai aimé faire « Chantons sous la pluie ». C’est pour moi un chef-d’œuvre. Un autre aussi, comme « Quand passent les cigognes ».

MB : Vous faites un des plus beaux métiers du monde, vous en avez conscience ?

CL : « Cela pourrait être le plus beau métier du monde s’il était bien fait tout simplement. Il m’a fallu faire six films pour connaître le succès dès le septième film ! ».

MB : Les critiques de films n’ont pas toujours été tendres avec vous, vous pouvez nous expliquer aujourd’hui, 41 films après ?

CL :« Ma mémoire supprime les mauvais souvenirs au-delà de 10 ans. Quoi qu’on en dise, pour moi, seul le public est mon meilleur critique. c’est un miracle que j’ai tenu 50 ans ! J’ai beaucoup de reconnaissance pour mon public ».

MB : Si vous n’étiez pas Cinéaste, Réalisateur, quel métier auriez-aimé vous faire ?
CL :« Sûrement, j’aurai aimé construire, aménager des maisons. Je crois avoir l’âme d’un Bâtisseur. Ma mère souhaitait que je sois Avocat ».

MB : Vous êtes toujours amateur d’automobiles ?

CL :«Toujours, je ne peux pas m’en passer, je suis un passionné de l’auto ».

MB : Lors d’un festival, quel regard portez-vous sur les autres films ?

CL :« Il faut qu’un film capte toujours mon attention. Je deviens mauvais spectateur lorsque je m’ennuis pendant un film ».

MB : Dans vos films, il y a l’histoire, les gens, le bonheur. C’est quoi pour vous le bonheur ?

CL : «  Pour moi, le bonheur, c’est la fin des emmerdements. Vous pouvez être l’homme le plus heureux de la terre, vous ne le savez pas ou pas toujours. Si vous avez des emmerdements et que ça s’arrête, vous êtes alors le plus heureux des hommes. Je vous le redis ;  Pour moi, le bonheur, c’est la fin des emmerdements ». (On s’en souviendra).

MB : Le bonheur, selon vous, c’est toujours ainsi ?

CL :« Le bonheur, c’est aussi un contraste. Par exemple, vous rencontrez quelqu’un. Vous êtes un homme heureux, dans le bonheur à un moment… Mais, ça peut devenir un emmerdement avec le temps, alors, vous êtes heureux quand ça s’arrête ! ».

MB : Vous venez de présenter : « Roman de Gares » à Cannes.
Le film a été récompensé. Quelle est la structure de ce film ?

CL :« Mes films partent à présent avec plus de spontanéité qu’à la réflexion. Aujourd’hui, je serai incapable de refaire certains films car, je suis plus dans l’irrationnel, c’est ce que l’on a pas prévu. Le rationnel, c’est ce qui est prévu : Lorsque il y a le mélange des deux, le rationnel et l’irrationnel, le miracle se produit, comme dans « Roman de Gares », et cela fait de bons films ».

MB : Dans votre dernier film, vous nous faites découvrir une nouvelle actrice, Audrey Dana; comment l’avez-vous découverte ?

CL :« Nous avons découvert Audrey Dana en faisant des castings, tout simplement. Elle correspondait exactement à ce que j’attendais d’elle. Il n’y a pas de règle pour trouver des personnes qui ont du talent ».

MB : Quels rapports avez-vous avec vos acteurs, comment arrivez-vous à les diriger ?

CL : « Les acteurs sont souvent de grands timides. Ils sont tous fragiles. Le rôle donné est souvent un bouclier dans l’expression. Généralement, un grand acteur n’est pas heureux en amour. L’acteur ressent sa solitude après le film. Lorsqu’une complicité existe entre l’acteur et la direction du jeu, on arrive à sortir le meilleur de l’acteur ».

MB : Quelles différences existent t-il selon vous, entre les acteurs ?

CL :« On peut distinguer les stars et les vedettes. Les stars, on est contents de les voir. Les vedettes, on est contents de les voir que dans de bons films. D’une manière générale, stars ou vedettes, lorsque les acteurs ont la chair de poule, on peut parler de miracle».

MB : Laissez-vous souvent vos acteurs libres ?

CL :« La liberté d’acteur est leur récompense. Ils ont des figures libres que s’ils ont été bien. C’est aussi une liberté témoin d’une confiance ».


CL :« D’une manière générale. Je ne sais faire des films que pour les « Midinettes », pour celles qui ne savent pas contenir leur émotions. J’aime les femmes. Les femmes m’ont fait grandir, pourtant, elles m’ont fait souffrir aussi. Les femmes nous choisissent. Plus qu’avant, les femmes sont fortes maintenant ».
MB : Les femmes ont souvent des rôles capitaux dans vos films, comment expliquez-vous cela ?

MB : Vos films ont-ils évolués avec le temps . ?

CL :« Probablement. Toutefois, cela fait 50 ans que je fais du cinéma, j’ai toujours eu le même regard qu’au début de ma carrière. J’ai plus pensé dans les échecs que dans les succès. J’ai un rapport avec le public comme dans un couple qui fait des « allers-retours ». J’ai fait du cinéma tout à fait naturel, j’ai passé ma vie à observer les hommes et les femmes. J’ai inventé un style qu’on aime ou qu’on aime pas».

MB : Que pensez-vous de l’évolution du cinéma en général ?

CL :« Tout est matière à histoire pour faire un bon film ; Il faut trouver la manière de les raconter. Globalement ; Je crois plus au cinéma qu’en Dieu. Il n’y a pas mieux aujourd’hui qu’un bon film pour montrer à l’humanité, la vie, les gens ».

Claude LELOUCH – la musique

Après l’écoute du : « Cha ba da ba da… » du film : « Un Homme, une Femme » ….

CL :« La musique est une chose essentielle. La musique est un « personnage » important pour un film. Au moment de : « Un Homme, une Femme », j’avais besoin d’une rengaine. Nous avons travaillé trois mois, la musique est quelque chose qui parle, qui nous échappe, et qui fait un succès comme « Cha ba da ba da… ».

MB : Quel style de musique écoutez-vous ?

CL :« Je suis un amoureux du Jazz. J’aime la musique d’une manière générale, et le Jazz plus particulièrement, parce que le Jazz est une musique libre, tout comme le sont souvent mes films. J’aime le style dans l’improvisation. La musique prend une grande place dans ma vie. Quand je ne vais pas bien, ce qui arrive peu, mais qui arrive quand même ; Je ne prends pas d’aspirine, j’écoute la musique. La musique reste aussi un excellent moyen de communication. Si j’étais Psy, je ferais parler sur la musique. La musique est essentielle à notre vie ».

Nous écoutons quelques « scopitons » réalisés par Claude LELOUCH au milieu des années 60/70 …

CL :« Après six premiers films ratés, j’ai tourné 130 scopitons ! Ces scopitons m’ont aidé à préparer la chanson et le film de : « Un Homme, une Femme », en 1966. Depuis, on sait que j’ai travaillé plusieurs fois avec Michel LEGRAND, Francis LAÏ. Michel LEGRAND a écrit et composé : « Les ronds dans l’eau » , c’est la chanson qui me ressemble le plus ».

Nous écoutons l’hommage rendu par Brigitte FOSSEY et écoutons sur CD Nicole CROISILLE s’adressant à Claude LELOUCH …

CL : « J’avais besoin d’une musique, d’une chanteuse pour « Un Homme, une Femme ». Je me promenais un soir dans un quartier de Paris, lorsque j’entendais la voix de Nicole CROISILLE qui chantait dans une boîte de Jazz. Je suis revenu sur mes pas. J’ai attendu la fin de son spectacle, et je lui ai parlé : « C’est vous, c’est exactement votre voix qu’il me faut pour mon prochain film. Mais, là, je dois partir. Je dois voyager jusqu’en Allemagne pour régler quelques affaires personnelles. Je vous propose de m’accompagner, dans deux jours, nous serons de retour ». Elle a accepté de me suivre ! Nous avons parlé toute la nuit. Pendant que je conduisais, Nicole CROISILLE commençait à travailler, prendre des notes sur l’essentiel du film « Un Homme, une Femme ».

MB : Vous pouvez agir sur le moment, partir sans réfléchir ?

CL :« De plus en plus je fais place à ma conscience plus qu’à mon intelligence. Si je réfléchis trop, je ne fais plus rien. Avec le temps, je suis plus dans l’irrationnel que dans le rationnel, ainsi, je suis plus créatif ».

Claude LELOUCH - Le livre -
« Itinéraire d’un enfant (très) gâté
 »

Claude LELOUCH… Souvenez-vous bien de ce nom : Vous n’en entendrez plus jamais parler… »
Six ans après cette première critique assassine, un Homme et une Femme lui vaudra une Palme d’Or à Cannes, deux Oscars et quarante récompenses internationales. Porté en triomphe, puis hué sur la Croisette, couronné à Hollywood, fêté dans le monde entier, Claude LELOUCH alternera les succès et les échecs sans jamais cesser de croire à son étoile. La vie – Cette vie qu’il considère comme « Le plus grand artiste de l’Univers » et dont il s’est toujours inspiré lui donnera raison.

 

Martina BERNARDI

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